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La marque de l’absence…

Deux heures à perdre… C’est peu et c’est énorme à la fois… Deux heures à déambuler dans cette ville où elles ont vécu ces 20 dernières années… Je décide de partir sur leurs traces depuis la place Saint Bonnet, direction la vieille ville par la rue Bourbonnoux…

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Le temps gris mais doux incite à flâner dans les vieux quartiers et les souvenirs anciens. La muraille des fortifications anciennes est en grande partie cachée par les maisons construites sur ou contre elle et parfois visible pour les promeneurs pédestres… Au gré de leurs pas imaginés, elles admirèrent donc les morceaux du rempart gallo-romain et les bâtisses du XII ème au XV ème siècle… Bras dessus, bras dessous, nous nous sommes volontiers égarés le long de cette Promenade des Remparts si propice aux rendez-vous amoureux!

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Tout passe et s’efface comme cette devanture sans vie rue de la Porte Jaune qu’elles croisèrent certainement il y a longtemps mais les traces du passé sont toujours présentes, elles se détériorent lentement, si lentement… Le vernis s’écaille et tout doucement se détache, laissant apparaître la peinture qui ne tarde pas à disparaître à son tour… Il ne reste que des souvenirs, ou des inventions de souvenirs, qui réapparaissent à leurs propres rythmes, vestiges d’un temps ancien qu’une main mystérieuse entretient dans la pénombre de notre pensée.

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Après avoir fait un détour par la rue Porte Jaune, me voici arrivé devant la cathédrale Saint-Etienne, monumentale, et ces cinq remarquables tympans que tous les touristes viennent admirer, alors que leurs pas redescendent par la rue Molière vers la Place Gordaine et son habituelle activité intense aux moments des repas car de nombreux restaurateurs se sont donnés rendez-vous à cet endroit…

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Les maisons à pans de bois si caractéristique de l’architecture du XIV ème siècle donnent un cachet certain à cette place. C’est un lieu de rencontre, surtout aux beaux jours, et les clients des restaurants déjeunent en terrasse pour profiter de la beauté naturelle des façades anciennes, de leur absence de symétrie, de leur irrégularité et aussi de leur indéniable solidité qui leur a permis de traverser les siècles.

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Elles y ont eu aussi leurs habitudes, moi également d’ailleurs et notamment au Guillotin, bien connu des berruyers pour sa table et également pour son actualité culturelle au 1er étage dans sa salle de café théâtre « La Soupe au Choux »… Un petit mot sur la porte indique que la patronne est absente pour congés, l’établissement est donc fermé! Je ne pourrai pas y faire une entrée pleine de nostalgie! Cependant les souvenirs des soirées passées à table pour savourer les grillades du patron et déguster quelques verres de Sancerre rouge, les yeux dans les yeux et la main dans la main me reviennent en mémoire.

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La rue de l’Hôtel Lallemant est toujours aussi belle et m’entraîne par la place George Sand vers une vue sur la cathédrale que j’affectionne particulièrement: je suis passé là de nombreuse fois pour observer son clocher surgissant au dessus des maisons dans un ciel fermé par un porche en haut de la rue Moyenne. A la nuit tombé et sous ce porche, nombre d’adolescents, délaissant la vue sur la cathédrale, se sont tournés vers les yeux de l’autre et ses tendres promesses… Je ne peux qu’approuver leur juvénile passion, les mêmes passions, moins juvéniles, m’ayant laissé entrevoir en ces lieux aussi les promesses de nuits adorables.

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Après ces souvenirs d’effusions espérées, j’ai croisé, rue de la Monnaie, le « Happy Hour Pichet », haut lieu de beuveries qui a abandonné ses heures heureuses depuis longtemps. Décidemment la marque de l’absence est présente partout dans cette ville ou dans mon regard… Le temps fait son œuvre cynique, parfois lentement, parfois en un éclair, mais il fait son œuvre et la mémoire essaie tant bien que mal de remplir de souvenir les moments vides de vie que le temps efface.

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Je tourne en rond comme mon esprit, et je refais, aujourd’hui encore, le même chemin que depuis le premier jour de l’humanité, le même chemin que tous les humains ont déjà parcouru de millions de fois, le chemin de la vie, imprévisible et si prévisible à la fois. Une fraction infime d’un temps perdu au milieu de l’immensité de l’univers temporel.

Je suis entré au « Comptoir de Paris », la brasserie qui fait l’angle de la rue Mirebeau sur la place Gordaine et je suis monté au premier étage, j’ai commandé une salade berrichonne et un verre de Menetou Salon blanc. Mes yeux étaient rivés à la façade à pans de bois visible à travers la fenêtre.

Finalement les souvenirs d’elles, imaginées ou réelles, peu importe, remplissent ma mémoire léprosée qui part en lambeau… M’en souviendrai-je encore dans une seconde?

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Texte et Photos © Daniel Margreth.