Le mouvement des gilets jaunes est-il fini?

Chronique de Daniel Margreth, le 4 juillet 2019.

Né le 17/11/2018 sur les réseaux sociaux ce mouvement social quasi spontané et hors des structures sociales habituelles (syndicats ou associations) et au départ sur la seule revendication de la suppression de la taxe carbone sur les carburants a mobilisé plusieurs centaines de milliers de personnes que ce soit sur des ronds-points ou dans des manifestations de centres villes…

L’organisation totalement horizontale a désarçonné le pouvoir qui n’a pas trouvé d’interlocuteur et rapidement les manifestations ont pris un tournant de violences lorsque le gouvernement a décidé d’employer la répression policière comme seule réponse à l’agitation sociale…

Parallèlement que ce soit à Paris ou en province, un certain nombre de leaders « naturels » sont apparus sur les réseaux sociaux, notamment ceux qui étaient à l’origine de l’appel pour le 17/11. Leurs origines très différentes ont rapidement créé des divergences sur l’appréciation de la situation et l’orientation qu’il fallait donner au mouvement face aux propositions du gouvernement (main tendue pour une rencontre, tentative de négociation, déclaration des manifestations, plateforme revendicative, etc…).
Bref, une bataille s’est déroulée sous le regard des médias (et même parfois organisée par certains d’entre eux…) et de la France entière et l’horizontalité du mouvement s’est encore plus affirmée même si des « figures » du mouvement ont émergé progressivement tant au niveau national que régional, voire local au travers des « live » sur les réseaux sociaux (Facebook essentiellement).

Devant tout d’abord l’absence de réponse politique du gouvernement puis ensuite face au Grand Débat National mis en place par le Président Macron avec les corps intermédiaires de l’Etat, le mouvement a élaboré son propre programme revendicatif qui a rapidement abordé les problématiques de justice sociale bien sûr mais aussi celles de justice fiscale, de justice démocratique et de justice écologique. Le mouvement était mûr pour la convergence des luttes et on a vu apparaître les gilets jaunes dans les manifestations syndicales et dans celles du climat à la recherche de soutien et de relais sociaux, syndicaux et politiques…

Malheureusement rien ne s’est produit, l’inertie des appareils syndicaux et la frilosité des mouvements politiques, citoyens et écologiques devant ce mouvement protéiforme et horizontal ont finalement « abandonné » les gilets jaunes à la répression féroce du pouvoir et ont laissé la place à une dérive victimaire du mouvement et à des actions de plus en plus minoritaires.
De plus, l’action conjuguée des grands médias largement au service du pouvoir sur la seule ligne éditorialiste de la violence des manifestations, et des forces de l’ordre appliquant une répression brutale et acharnée contre les manifestants ont réduit progressivement leurs apparitions publiques à une peau de chagrin.

Des tentatives d’unification des nombreux groupes de gilets jaunes ont bien eu lieu ici ou là, mais elles se sont toutes heurtées soit à l’absence de volonté de leaders autoproclamés et médiatisés par leur live (et qui n’existaient qu’ainsi) soit au blocage de militants politiques tant de l’extrême droite que de l’extrême gauche qui utilisaient les groupes comme des réservoir de radicalisation en espérant recruter discrètement en leur sein de nouveaux militants grâce à l’absence de perspective pour le mouvement en lui-même…

Ainsi le mois de juillet commence sur un niveau de mobilisation extrêmement bas consécutif à la répression policière et judiciaire, au morcellement toujours aussi important du mouvement qui fait encore plus cruellement ressentir cette forte baisse, à l’abandon quasi complet du mouvement par les organisations politiques, syndicales et associatives qui acceptent leur présence lors de leurs rassemblements ou manifestations mais ne les intègrent pas dans leur calendrier ou démarche et au discours hebdomadaire des grands médias sur la fin du mouvement.

Les nouvelles hausses de carburants, de l’énergie, des contrôles techniques n’ont pas été capable de changer la situation et la période des vacances n’a fait que mettre en évidence une fois de plus le ralentissement de la mobilisation.

Dans la tête de certains gilets jaunes encore mobilisés, il y a le désir d’obtenir satisfaction sur la base des revendications du mouvement de novembre 2018 parce que la situation en ce début de juillet 2019 est la même : l’impossibilité de vivre normalement avec des revenus indécents ( temps partiel, CDD, aides sociales) et avec des taxes et un prix du carburant qui deviennent un obstacle pour aller travailler…
Ceux-là pensent que la perspective d’un renouveau de mobilisation à la rentrée de septembre ne peut être obtenu que par un travail de fond auprès des participants au mouvement qui sont démobilisés mais aussi auprès de la population qui partage le même sort que les gilets jaunes à savoir les pauvres qui essaient de survivre avec les aides sociales, les salariés pauvres et les salariés des couches moyennes par des actions communes quel que soit l’appartenance à tel ou tel groupe…

Ils veulent mobiliser sur la base des revendications urgentes du mouvement des gilets jaunes à savoir :
• Une augmentation du SMIC, des retraites et de tous les minima sociaux de 300 euros
• Une indexation des salaires, du SMIC et des minima sociaux sur l’inflation
• La mise en place du RIC, Référendum d’Initiative Citoyen, dans la constitution
• La TVA à 0% sur les produits de première nécessité
• La mise en place d’une taxe flottante sur les carburants en remplacement du système
actuel
• Le retour de l’ISF
• La suppression du CICE pour les grandes sociétés

Par ailleurs, il leur parait nécessaire de retrouver un élan de sympathie dans la population et que le mouvement des gilets jaunes aille à la rencontre des populations sur les lieux même où ils vivent : distribution de tracts sur les marchés populaires, devant les grandes surfaces discounts, par exemple. Ils savent que c’est un travail de longue haleine indispensable pour tisser les liens nécessaires à un retour de mobilisations de masse au mois de septembre…

Sauront-ils se faire entendre dans tous les groupes et sauront-ils faire taire leurs divergences pour agir ensemble, seul l’avenir nous le dira…

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