Six gilets jaunes au tribunal

Chronique de Daniel Margreth. Le 24/07/2019.

Rappel des faits

Dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 mai 2019, les gilets jaunes de la Sarthe manifestaient, pour la deuxième fois, dans les rues du centre ville du Mans pendant plus de 3 heures en criant leurs slogans et en entonnant leurs chansons habituelles, le tout accompagné du bruit de pétards et du son d’une corne de chasse… Jusqu’ici rien de quoi justifier d’une enquête de police d’envergure…

Mais voilà que le cortège passe devant le domicile de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité femmes-hommes. Les manifestants font une halte de quelques minutes devant la maison, collent une affiche sur la porte d’entrée, font un peu de bruit, crient quelques paroles peu amènes et parfois sexistes à l’égard des hommes et femmes politiques (comme tout le long de leurs manifestations).

La secrétaire d’Etat, qui partage son temps entre Paris, où elle a aussi un appartement, et Le Mans est ce jour là dans sa maison du Mans. Son mari au bout d’environ 2 minutes apparaît sur le pas de la porte, essaie de trouver un responsable et devant l’impossibilité de dialogue rentre dans sa maison et le cortège reprend son chemin vers le commissariat du Mans. Le tout est retransmis en direct sur la page Facebook Direct 21 Officiel, média web qui suit les manifestations des gilets jaunes entre autres.

La secrétaire d’Etat s’exprime très vite sur les radios et les plateaux de télévision concernant cet événement en dénonçant « une quarantaine de gilets jaunes furieux qui ont déboulés devant chez nous sous nos fenêtres en hurlant des slogans agressifs, des menaces de mort, en jetant des pétards vers la maison avec des outils, des sifflets » (cf Le Maine Libre du 27 mai 2019).
Ce groupe de gilets jaunes a selon la secrétaire d’Etat, hurlé « des slogans agressifs » dont « des menaces de mort »: « Schiappa, on est venu pour te crever! », « C’est ton dernier jour » (cf France Info (citant l’émission de RMC) du 28 mai 2019).
Elle y décrit également « des bruits de frappes sur les portes / fenêtres » et accusent les manifestants d’avoir « dégradé la porte » en y collant une affiche.

Une plainte est déposée par Mme Schiappa pour injures, outrages sexistes, trouble à la tranquillité et organisation de manifestation sans déclaration.

Le 24 juillet 2019 au tribunal du Mans

Six gilets jaunes sont convoqués au tribunal après la mise en garde à vue des prévenus (jusqu’à 32 heures pour certains) et l’audition d’une dizaine de témoins…

Deux d’entre eux sont accusés d’avoir organisé une manifestation non déclarée, deux autres, sont accusés d’un trouble à l’ordre public par le bruit soit de corne de chasse soit de pétards et les deux derniers sont accusés d’injure en raison du sexe et d’outrage à une personne chargée d’une mission de service public soit directement soit par la diffusion d’une vidéo.

En ce qui concerne les deux accusés d’organisation de manifestation non déclarée, l’absence de preuves est flagrante: pour l’une, le seul élément produit à charge est la possession dans sa voiture d’un seau d’eau et d’affiches et pour l’autre une vidéo appelant à rejoindre la manifestation qui avait débuté 1 heure plus tôt et qu’il avait publié sur Facebook.

En ce qui concerne les deux accusés de trouble à l’ordre public, sur l’ensemble de la vidéo de 3 heures on ne les voit pas jeter de pétards ni jouer de la corne de chasse. Le seul élément à charge est le témoignage de l’un des deux accusés qui reconnaît avoir soufflé dans sa corne de chasse et déclare avoir reconnu son co-accusé jetant des pétards… Cependant on apprend également que le témoin est l’ex-petit ami de la compagne… de son co-accusé.

En ce qui concerne les deux accusés de propos sexistes, ils se défendent en arguant du ton de l’humour, de n’avoir pas penser que leur conversation était diffusé en direct sur les réseaux sociaux et regrettent d’avoir tenu ces propos.

Le Procureur de la République déclare ne pas vouloir faire des accusés des bouc émissaires tout en rappelant la Loi à chacun et demande l’application de la Loi à la hauteur des infractions commises et en fonction du profil de chacun:
– 500 euros d’amende pour organisation de manifestation non déclarée (port d’un seau d’eau et d’affiches) pour V.
– 50 jours amendes de 20 euros et un an d’interdiction de manifestation en Sarthe pour organisation de manifestation non déclarée (vidéo d’appel sur Facebook) pour JT.
– 1000 euros d’amende pour trouble à l’ordre public (corne de chasse) pour JV.
– 1000 euros d’amende pour trouble à l’ordre public (pétards) pour Q.
– 2 mois avec sursis pour injure sexiste pour S.
– 2 mois avec sursis pour injure sexiste pour R.

Les avocats des prévenus demandent la relaxe de leurs clients, argumentent sur l’absence de preuve formelle et s’appuient sur la jurisprudence…

La décision du tribunal est mis en délibéré au 27 septembre 2019.

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