3-Les vagues blanches

15 janvier 2020.

Présentation :
« Franck, je l’avais rencontré pour la première fois à Paris au début de l’été 72. La vie de Franck était remplie de souvenirs parfois enfouis à jamais dans les méandres de sa mémoire alors que d’autres étaient présents en permanence, presqu’obsessionnels. Il m’en parlait pour reconstruire un passé qui tentait de lui échapper. Du moins c’est ce que je croyais.
« 

Le narrateur vous entraîne « Dans le désordre » de ces souvenirs tels qu’il les a recueillis.

Dans le désordre / 3-Les vagues blanches.

Un souvenir en construction, à peine passé, à peine vécu. Un appel, un souffle, un murmure, une respiration qui vient du passé. Le temps finalement n’y fait rien, tout juste s’il mélange, malaxe puis désagrège les éléments qui s’envolent comme le sable blanc de la plage sous les coups de butoir d’un vent d’ouest un jour de grande marée.

Franck retrouve cet espace blanc, coincé dans sa mémoire éphémère. La côte est défigurée par l’effet de la mer et du vent, où plutôt elle est modelée à sa manière sans mémoire du passé et sans vision du futur, aléatoire. Le blanc de l’écume des vagues vient se perdre dans ses cheveux au vent tourbillonnant. Son rire traverse l’immensité de la plage déserte comme une provocation juvénile. Elle court nue de la tête aux pieds sur le sable mouillé vers la mer retirée au loin. Il la suit comme si la voie tracée par sa course devait guider ses propres pas. Pas de panique dans cette balade maritime, juste un sentiment de bien-être, sauvage et aérien dans le désert humide de l’estran. Le clapotis de l’eau leur signale le but atteint, la mer est là, accessible avec ses vagues écumeuses de caresses tendres. Ils s’enfoncent dans ses entrailles tumultueuses, le rire insouciant aux lèvres. Plus ils y pénètrent, plus elles les repoussent avec vigueur et constance. Leurs mains se rejoignent pour trouver la force, ensemble, de vaincre l’énergique poussée qui veut les ramener sans cesse sur le sable.

Ils basculent entre les vagues blanches. L’eau et le vent les accueillent finalement et les emportent vers un autre monde, plus de repères terrestres, ni haut ni bas, ni droite ni gauche mais en revanche un dessus ou un dessous, un chaud ou un froid, de l’air ou de l’eau. A eux de comprendre ce qui est bon et le vivre dans l’instant. Et ils le vivent sans peur de l’avenir, dans un moment d’intense présent avec l’insouciance, la légèreté du temps qui passe, la fleur au coin des lèvres, loin de la prudence de notre société urbaine, loin aussi de la réalité absurde de la vie. Leurs corps s’apprivoisent peu à peu dans cet élément liquide, se frôlent innocemment, s’étreignent naturellement. Un moment de grâce, hors du temps, hors du réel.

Un moment seulement, bref survol de l’imaginaire car le souvenir s’évanouit, un souvenir d’un autre temps, d’une autre vie, d’un autre lieu. La blancheur de la baignoire envahit de nouveau sa vision, blancheur toute relative en fait. La poussière recouvre toute sa surface, les robinets sont ternis par le temps et l’évacuation est rouillée. Elle repose par ses quatre pieds en fonte sur un parquet ancien, disjoint et sombre. Les murs délavés et jaunis s’ouvrent sur une fenêtre à espagnolette dont un carreau cassé laisse passer un peu d’air frais. Cela lui fait du bien. Un rideau gris se soulève au rythme du courant d’air ce qui permet d’apercevoir une cour intérieure et sombre au travers des vitres sales. Il ferme les yeux et perçois l’air qui passe gentiment, il se retrouve au studio de la rue des Envierges en haut de Belleville.

Franck a perdu son souvenir. En fait ses pensées étaient revenues en arrière, au milieu des années 60, au temps de son adolescence et des vacances au bord de l’océan Atlantique dans une maison familiale à Hossegor où ses parents passaient toujours le mois d’août. Un moment où il pouvait échapper à la surveillance habituellement serrée de ses parents et enfin vivre des aventures adolescentes avec les autres gamins de son âge qu’il retrouvait tous les ans. Un avant-goût du paradis en quelque sorte…

A suivre…

Texte et photo Copyright Daniel Margreth.

Daniel Margreth

Jour et Nuit. Des nouvelles d'ici et d'ailleurs. Photo-Reportages, Chroniques, Art et Culture.

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