6-Penser la vie

24 janvier 2021.

Présentation :
« Franck, je l’avais rencontré pour la première fois à Paris au début de l’été 72. La vie de Franck était remplie de souvenirs parfois enfouis à jamais dans les méandres de sa mémoire alors que d’autres étaient présents en permanence, presqu’obsessionnels. Il m’en parlait pour reconstruire un passé qui tentait de lui échapper. Du moins c’est ce que je croyais »

Le narrateur vous entraîne « Dans le désordre » de ces souvenirs tels qu’il les a recueillis.

Dans le désordre / 6-Penser la vie.

Je me demandais comment les souvenirs s’organisaient dans l’inconscient de Franck. A priori ils se manifestaient à l’occasion de nos rencontres et de nos discussions qui servaient de clés pour les « ouvrir ». Du moins c’était de cette façon qu’il m’expliquait leurs apparitions. Mais je trouvais que sa narration chevauchait trop mes propres évènements pour n’être que des coïncidences et je cherchais finalement une autre raison…

Par exemple son souvenir du « bouton de porcelaine » se situait à Belleville c’est-à-dire très proche du Père Lachaise où j’allais trouver un emploi quelques jours plus tard ! Cela avait quelque chose de troublant pour mon esprit rationnel. De la même façon, notre rencontre quelques jours après mon arrivée à Paris dans l’appartement de Solange et son empressement à me rendre service m’interpelait. Ce sont de simples coïncidences me rétorquait Franck dont les opinions rationnelles ne souffraient nullement de mes remarques : il y avait chez lui quelque chose de fataliste malgré sa personnalité structurée autour du matérialisme de sa pensée : il étudiait la sociologie, il militait à l’UNEF dans sa faculté et en 3 ans était quasiment passé de son éducation protestante au matérialisme dialectique ! Un grand écart qui le faisait rire et qui, grâce à l’éloignement de sa famille restée dans la région minière d’Alès, permettait cette évolution sans heurt avec ses proches qui ignoraient tout de celle-ci. Je ne suivais pas toujours facilement ses explications politiques et sociologiques du monde à cause de mon éducation chrétienne qui était très loin de la pensée actuelle de Franck, mais cela était passionnant et stimulant pour mes propres réflexions de côtoyer quelqu’un de si différent avec des références littéraires qui m’étaient parfaitement inconnues.

La rencontre avec Franck, aussi mystérieuse qu’elle pouvait paraître, permettait à mon tour de vivre une transformation importante dans la façon de « penser la vie », comme il le disait, plutôt que de la subir comme nos éducations respectives nous y avaient préparées. Nous étions jeunes et nous avions quittés nos familles justement pour pouvoir respirer, penser à notre façon et nous forger, après le premier et immense appel d’air de mai 1968, notre propre philosophie de vie hors du carcan familial et religieux : c’est ici et maintenant que tout devait se jouer, pour nous et pour le monde, et nous en étions totalement persuadés.

Dans l’immédiat, j’avais un travail et je pourrais bientôt envisager, après ma période d’essai, de chercher un logement. Je continuais à voir Franck et à discuter avec lui et nous avions convenu qu’il me ferait rencontrer, après l’été, certains de ses copains étudiants dont la plupart étaient retournés chez leurs parents pour la durée des vacances.

Nos rencontres étaient moins nombreuses car mes journées étaient occupées par mon job et Franck consacrait une grande partie de ses soirées à Sylviane, sa copine que je n’avais toujours pas rencontrée. Néanmoins, après avoir touché une avance sur mon premier salaire, j’avais invité Franck dans un petit restaurant près de la République qu’il avait choisi : tenu par un patron d’origine espagnole fort sympathique, il pratiquait un tarif peu onéreux et une cuisine du sud.

Mi-aout, au bout d’un mois de travail, contrat de travail en poche et muni de mon premier bulletin de salaire, le jour était enfin venu de chercher un logement…

A suivre…

Texte Copyright Daniel Margreth

Daniel Margreth

Jour et Nuit. Des nouvelles d'ici et d'ailleurs. Photo-Reportages, Chroniques, Art et Culture.

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