8-La photo d’Etretat

08 février 2021.

Présentation :
« Franck, je l’avais rencontré pour la première fois à Paris au début de l’été 72. La vie de Franck était remplie de souvenirs parfois enfouis à jamais dans les méandres de sa mémoire alors que d’autres étaient présents en permanence, presqu’obsessionnels. Il m’en parlait pour reconstruire un passé qui tentait de lui échapper. Du moins c’est ce que je croyais.
« 

Le narrateur vous entraîne « Dans le désordre » de ces souvenirs tels qu’il les a recueillis.

Dans le désordre / 8 – La photo d’Etretat.

À la suite de la signature du bail, j’emménageais rapidement dans le studio meublé, Franck ayant emporté ses affaires dans l’appartement de Sylviane. Solange pourrait reprendre possession de son magnifique logement pour la suite de ses études à Paris… Les beaux jours passaient, j’étais pris par le travail, Franck étudiait à nouveau à Jussieu, les rencontres étaient moins nombreuses et se produisaient presque uniquement le week-end…

J’avais eu l’occasion de faire connaissance avec Sylviane, la sympathique compagne de Franck, souriante et décontractée ainsi que d’un autre couple ami de Franck, Moussa étudiant marocain et Geneviève qui était institutrice dans une école élémentaire à Paris : ils m’avaient également accueilli à bras ouvert. Deux autres amis de Franck étaient venus compléter mon nouveau cercle amical parisien : un réunionnais, Sam, qui relevait les compteurs chez EDF-GDF, et un petit fils d’un russe blanc de Paris, surnommé Tsar, qui faisait des petits boulots non déclarés…

Lors d’une soirée qui nous réunissait tous, alors que nous parlions de lieux de vacances que nous avions fréquentés les uns et les autres, Franck nous raconta un souvenir de Normandie en plein hiver…

Il s’agissait d’une grande maison où il avait séjourné avec des copains à l’occasion du nouvel an, de la falaise qui l’avait impressionné, de la plage de galets et de la fameuse arche que l’on voit sur toutes les cartes postales d’Etretat. Ils étaient six dans ce gîte était assez grand avec de nombreux couchages sur 2 niveaux et une magnifique vue sur la mer malgré le temps froid et pluvieux… Ceux, qui avaient participé à ce déplacement l’avaient gardé en mémoire comme un bon moment passé ensemble.

Visiblement, Franck en avait gardé un souvenir ému car c’était la première fois qu’il ne rentrait pas chez ses parents dans le Gard pour les fêtes de fin d’année. Fouillant dans ses papiers, il nous montrait une photo, précieusement conservée, de ce jour-là sur la plage.
Il y avait à partir de la gauche : Bernard, que je ne connaissais pas encore, Franck, Sylviane, Geneviève et Moussa… C’est Sam qui avait pris la photo… Evidemment, la photo avait redoublé les souvenirs des présents qui se revoyaient avec jubilation au pied de la falaise…

A part moi, ils avaient tous déjà vécu un moment traditionnel de fête loin de leurs racines familiales et le récit de Franck avait ravivé leurs souvenirs : une certaine nostalgie avait envahi la soirée et la discussion avait rapidement évolué autour des questions sur la rupture des liens traditionnels, les traditions populaires, les rapports avec les parents et toutes les options possibles autour de l’indépendance qui se posent forcément aux jeunes loin de leur famille ainsi qu’avec les problèmes de choix de société…

Ce genre de discussion, j’en prenais l’habitude avec Franck et ses copains qui en étaient quasiment tous friands malgré leurs origines familiales et sociales, leurs études différentes ou leurs métiers actuels… Les conversations allaient souvent bon train avec parfois des opinions divergentes mais cela restait toujours courtois et agréables à suivre malgré les références littéraires qui m’échappaient parfois pour ne pas dire souvent !

Par la suite, en discutant avec Franck, j’avais appris qu’il fréquentait régulièrement, depuis presque 3 ans, les réunions d’une organisation politique d’extrême gauche, la Ligue Communiste. J’avais alors compris son goût pour les discussions idéologiques et les références à Marx, Lénine et Trotsky entre autres et je décidais donc de commencer à les lire afin de comprendre leurs discussions et pouvoir, un jour peut-être, participer à leurs débats… J’étais heureux de découvrir de nouvelles façons de voir le monde, d’élargir mes points de références et d’analyses. En même temps, dans l’entreprise où je travaillais, je découvrais le syndicalisme au travers de la CGT et tout cela me faisait cheminer doucement dans la réflexion sur ma nouvelle vie de salarié.

A suivre…

Texte et Photo Copyright Daniel Margreth.

Daniel Margreth

Jour et Nuit. Des nouvelles d'ici et d'ailleurs. Photo-Reportages, Chroniques, Art et Culture.

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