La matraque à Blanquer

4 février 2020.

Rodrigo Arenas, président de la fédération des parents d’élèves FCPE, dénonce les sanctions contre les élèves de première qui protestent contre la réforme du bac et notamment contre les E3C (épreuves communes de contrôle continu) qui ont lieu depuis le début d’année… Mais que se passe-t-il dans les lycées?

L’effervescence de ces dernières semaines devant les portes des lycées a concerné près de 500 établissement sur les 1600 existants en France: professeurs en grève, surveillants également en grève, lycéens mobilisés contre les E3C et interventions des forces de l’ordre parfois très musclées avec matracage et gazage des élèves, interpellations et GAV…

Les élèves et les professeurs protestent contre 2 aspects de la réforme Blanquer sur le contrôle continu de certaines matières.
D’une part, la « décentralisation des épreuves et de leur notation » par lycée, à des dates différentes, chaque établissement choisissant les sujets proposés dans un catalogue national rendant la notation non uniforme sur le plan national avec un risque de fuites des sujets…
Et d’autre part, l’obligation de traiter le programme à un rythme imposer pour être sur que les sujets soient traités lors de l’épreuve ce qui ne permet plus de s’adapter à l’avancement individuel des élèves. Les cours deviennent des moments de bachotage permanent et plus des moments de dialogues et d’échanges…

Tout cela dans un contexte social sur la réforme des retraites extrêmement tendu où on a vu le gouvernement incapable au bout de 2 ans de « dialogue social » de proposer une réforme qui réponde au moins à minima aux remarques et demandes des syndicats même les plus « réformistes ». 60 jours d’un conflit toujours présent avec presque la totalité des salariés et professions libérales même si la mobilisation des salariés du privé, malgré leur soutien, est faible.

Pendant ce temps, Blanquer a progressivement disparu de la scène médiatique et quasi totalement depuis l’Avis du Conseil d’Etat qui a retoqué son fameux engagement de revalorisation des enseignants et chercheurs par une loi de programmation qui prévoyait de dépenser 500 millions d’€ par an jusqu’en 2037 pour un montant total de 10 milliards « sauf à être regardées, par leur imprécision, comme dépourvues de toute valeur nominative, ces dispositions [sont] contraires à la Constitution« .

Il y a visiblement le feu dans les lycées mais le ministre est aphone, ou plutôt il minimise totalement la situation dans un déni macronien remarquable… Il laisse les chefs d’établissement se débrouiller de la situation dans les lycées en affirmant que les épreuves auront lieu et que les absents auront un zéro. Les épreuves d’E3C sombrent dans le chaos quand les chefs d’établissement veulent les tenir coûte que coûte, font appel à la police ou à la gendarmerie, traquent les élèves sur les réseaux sociaux ou prennent des photos afin d’établir s’ils sont bloqués ou bloqueurs pour leur infliger un zéro comme l’a demandé le ministre!

La conséquence c’est des mises en garde à vue d’élèves mineurs pendant des heures (jusqu’à 30h pour certains!) sans explication, sans prévenir les parents. Des enfants traités comme des délinquants adultes: des enfants matraqués, des enfants mis à terre, des enfants gazés,comme les manifestants contre la réforme des retraites. En un mot des violences injustifiables contre des enfants.

Décidément, ce gouvernement ne sait pas dialoguer mais par contre il sait parfaitement utiliser la violence des institutions de la Cinquième République contre tous ceux qui veulent se mettre en travers de ses décisions. Cette violence est partie prenante de sa conception du pouvoir: le président élu a un droit inaliénable pour imposer sa loi, s’y opposer est un crime de lèse-majesté.

Pour remettre en cause ses décisions, protester seulement quand nous sommes touchés directement ne suffit plus. Il faut élever notre conscience collective et cesser d’avoir des réflexes corporatifs et de critiquer les uns ou les autres.
Chaque atteinte à un droit de l’un d’entre nous est une attaque contre nous tous. La riposte doit être globale pour être victorieuse. La solidarité doit être le mot d’ordre permanent. Les piquets de grève interprofessionnels sont un exemple à suivre: la mise en pratique du slogan « Tous ensemble ».

Texte Copyright Daniel Margreth.

Daniel Margreth

Jour et Nuit. Des nouvelles d'ici et d'ailleurs. Reportages, Chroniques, Art et Culture.

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